L’ANKOU...Toussaint 2016.
Article mis en ligne le 9 janvier 2017

par Isabelle
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Pourquoi il en a mangé ? Du coup, il le savait bien qu’il ne fallait pas attirer la colère des esprits ?...

Comme chaque année, à l’époque de la Toussaint, l’Ankou rode sur la lande, recouverte de bruyères où tous les tons du rose à l’indigo participent à la fête automnale. Devant le fourneau, épluchant son chou, ses carottes, Anne-Marie, la mam-goz adorée de ses petits enfants, leur raconte des vieilles, vieilles histoires venues de la nuit des temps.

Malo aime la voix de sa grand-mère qui lui fait peur. Soizic se blottit, tout contre elle, pour avoir des frissons certes et se sentir rassurée à la fois. Madec, plus âgé, en a assez de ces contes maintes et maintes fois entendus, il pianote sur son smartphone pour se relier aux copains du collège, mais au fond de lui, il savoure cette soirée avec mamie. Erwan et Emilie rincent les voiles du Surprise, voilier légué par les parents. Leurs rires envahissent la cour. Marine et Cyril ont quitté le château et sont en chemin pour ramener du pain bien chaud, le meilleur de toute la contrée, la tourte Saint Marcel.

Le soleil est rouge feu, toute la végétation éclate sous les derniers rayons, tout est quiétude. Soizic et Malo ont déposé, devant l’entrée principale, une pile de crêpes, pour rassasier l’Ankou, cette créature funeste, qui erre la nuit, à la veille du 1er Novembre, à la recherche de quelques nourritures. La légende dit qu’il est invisible pour ceux qui l’honore et le nourrisse abondamment. Il est dépeint comme un squelette drapé d’un linceul blanc et bien sûr armé d’une lance de Lancelot.

Mamie continue la pluche et les explications. Le pot au feu breton doit cuire deux à trois heures à feu doux et il ne sera dégusté que lorsque les enfants auront entendu grincer les roues de l’attelage de l’Ankou, comme celui représenté dans le transept de l’église de Saint Cado. Soizic se sent rassurée, dans quelques minutes, tout le monde sera réuni devant le feu de la cheminée.La télévision accompagne cette soirée,Pépé Alain s’est endormi devant l’émission question pour un champion. Elle hurle cette télé, pense Soizic, mais ainsi elle n’entend pas toutes les interprétations étranges évoquées par sa grand-mère.

Erwan rentre, précipitamment, accompagnée d’ Emilie. Ils ont entendu les bruits des clochettes, signes annonciateurs de l’arrivée du convoi funeste de l’Ankou. Mam-Goz éteint la télé ,et tout à coup, on entend distinctement, au loin, le chant du coq, celui de l’oncle Corentin.Erwan aime, depuis toujours, écouter, raconter et d’une façon théâtrale, prend le relais de Mamie qui est trop affairée à surveiller son kig-ha-farz. Il demande l’attention de tout le monde, il allume une bougie,la flamme doit vaciller à l’approche de l’Ankou. Emilie sort du buffet une jolie assiette de porcelaine de Quimper pour déposer la part à ce revenant.

Tout à coup, un bruit effrayant, des portes claquent au rez de chaussée, la cage d’escaliers craque sous des pas lourds. Malo et Soizic tremblent ratatinés sur le canapé. Pépé Alain sourit d’un air moqueur.C’est sûr l’Ankou arrive, Malo reconnaît le bruit de la lance dans les hortensias fanés. Erwan semble inspiré et tout son corps semble être envahi. Mais c’est une fausse alerte, Marine fait éruption dans la salle, elle est gelée, elle grelotte et cherche activement le bouillotte de sa mamie. Tout le monde semble réconforté par la bonne odeur da pain chaud que Cyril sort de son sac à dos.

Mais l’attente reprend, le vent souffle dans les cyprès, le coq continue son chant disgracieux, Mamie récite une prière. Tout se mélange légende païenne et conviction religieuse. Peu importe, Erwan suit de sa voix grave l’avancée de l’Ankou. Malo entend tous les coups de l’épée, Erwan la nomme l’épée du pouvoir, la flamme de la bougie vacille, il est très proche, tout proche, enfin il a pris et installer les crêpes sur son sinistre attelage. Erwan fournit une multitudes de détails à son auditoire.
Cyril a pris la louche, la plonge dans la marmite du kig-ha-farz, il arrange avec soin le travers de porc, les saucisses, le chou, les pommes de terre, les oignons,les carottes et subitement, Marine s’écrie, Mam-Goz il n’y a plus ... La bougie s’éteint, le vent redouble au dehors, les plombs sautent, la lune disparaît, tout est noir,la mer au loin roule ses galets, le feu dans l’âtre s’étouffe, Soizic se met à pleurer,Emilie la prend dans ses bras, Malo renifle fort mais Erwan lui a dit, hier au soir:Tu es un homme, Marine repense à toutes ces soirées où petite fille elle avait beaucoup de mal à comprendre l’irrationnel de ces veillées.

Mais alors que se passe-t’il ? Que manque -t’il dans le kig-ha-farz ? Qui a mangé la farine de sarrazin qui lie la sauce de cette potée bretonne ? Mais où est Madec ? Il a laissé son téléplone à côté des fanes de carottes. Pourquoi Emilie reste l’assiette à la main, attendant que Marine continue de la remplir ? Pourquoi Pépé Alain s’est-il à nouveau endormi ? Les ténèbres ont-elles triomphé de la lumière ? Le soleil ne se lèvera-t’il plus jamais sur Kéravéon ? Madec sera-t’il puni d’avoir dévoré , tout seul, la sublime recette de grand-mère ?

Après une excellente nuit, l’odeur du far vient chatouiller les narines de tous ces heureux vacanciers, l’odeur du café mêlée à celle du chocolat chaud monte jusqu’aux chambres, les tartines au beurre salé, le jus d’oranges fraichement pressé attendent les cousins, cousines et seul Madec essaie d’avaler le breuvage à base de mélisse et de fenouil afin de se soulager de son indigestion.
L’Ankou reviendra l’année prochaine et Malo se jure de ne pas imiter son grand cousin Madec ...

M.A

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N’hésitez pas à vous renseigner et à venir nous rejoindre.
Nous vous accueillerons avec plaisir.

Chaleureusement

Isabelle

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Plusieurs personnes avaient déménagé ou s’en sont allées vers d’autres activités. Nous avons à la date d’aujourd’hui, 19 octobre 2017, plusieurs nouvelles inscriptions à notre plus grande joie !

N’hésitez pas à vous renseigner et à me contacter ou mieux, à venir tenter cette belle aventure qu’est l’écriture en atelier.

Prochain atelier samedi 28 octobre, à 13h30 à Livry, venez tenter l’aventure !

A bientôt.
Chaleureusement

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