Je le fixai...
Article mis en ligne le 18 novembre 2016
dernière modification le 11 mai 2016

par Isabelle
logo imprimer

Je le fixai : il tenait le volant d’une main en roulant vite, sûr de lui, perdu dans ses pensées.

Il dut sentir que je l’observais ; son regard décrocha de la route et plongea dans le mien.
Ce qui était en train de se passer était impossible, interdit. Où était la distance instaurée quelques semaines plus tôt ?

Nous reprîmes notre respiration au même instant. La sonnerie de mon téléphone le ramena à sa conduite. Je déglutis avant de décrocher.

-  Allo ! Maman ! Oui, je pense que nous serons rentrés dans une heure.

Sur cette autoroute il n’y a jamais grand monde, mais en ce dimanche matin il n’y avait vraiment personne. Julien avait mis le régulateur à 130. Il remit son autre main sur le volant.
J’avais raccroché le téléphone et remontais la fermeture éclair de mon jean.

Julien est mon professeur de piano depuis trois ans. Hier au soir, un concert classique était organisé dans une petite ville de province a 300 km de chez moi. J’étais la soliste, la virtuose de la soirée. Julien, en véritable chaperon, m’accompagne à chaque récital. Mes parents ont une extrême confiance en lui, mais ils sont trop occupés par leur charcuterie traiteur ; ils ne peuvent pas se libérer pour suivre mon ascension.

Hier il était trop tard pour rentrer, nous avons dormis a l’hôtel en face de la salle de concert partageant les lits jumeaux avec une violoniste de mon âge, virtuose en devenir.

Au début de notre rencontre professionnelle, j’avais 15 ans et pour moi à 35 ans je le trouvais vieux.

Au fil du temps, et arrivé à un niveau où le droit a l’erreur n’existe pas, nous passons beaucoup plus de temps ensemble. Une amitié était née.

Parfois mes parents l’invite à déjeuner avec sa femme Vanessa, une très belle femme, DRH dans une grosse entreprise.

De le voir entourer de gestes tendres sa femme, me serre le cœur. A 18 ans, me voilà amoureuse. Il n’a pas été dupe de mes regards, mes minauderies.

Alors il m’a prévenu : « Tu ne te rends pas compte, j’ai vingt ans de plus que toi, j’aime ma femme, même si tu belle, gentille, nous ne pouvons pas tout gâcher. Un jour tu le regretteras, promets moi de changer d ‘attitude ».

Pourquoi ce matin, je n’ai pas enlevé sa main de ma cuisse, je l’ai même encouragé, pourquoi ? Pourquoi, a- t-il dérapé ? Lui qui ne voulait pas. Toutes ces questions trottaient dans ma tête. Le reste du voyage se passa dans un silence inhabituel. Il me déposa en bas de chez moi. Je ne dormis pas de la nuit dans l’attente d’un hypothétique sms.

Le lendemain après- midi, nous avions rendez-vous pour la répétition d’un nouvel opus. J’étais angoissée à l’idée de le voir, je ne sais pas : m’aime- t-il ? Où a- t-il eu un moment de faiblesse ?

Je sonnais à la porte, personne ne répondit, je tournais la poignée, elle n’était
pas fermée, et c’est là que je le vis étendu sur le carrelage, une boite vide à la main.

J’appelais les secours, son pouls battait encore. J’attendais à l’hôpital que le lavage d’estomac qu’il subissait soit terminé. Vanessa venait d’arriver toute bouleversée quand le médecin apparut pour nous rassurer. Quelques jours d’hôpital et tout ira bien. Mais pourquoi a-t-il fait cela, pourquoi ?

Vanessa me prit dans ses bras : « Ma chérie je lui ai annoncé que je voulais divorcer, je ne voulais plus lui mentir sur ma relation avec mon directeur ; nos carrières nous ont éloignés et nous n’avons plus les mêmes centres d’intérêt. Alors prend bien soin de lui, tu sais il t’aime beaucoup. »

AB

Dans la même rubrique

Ateliers de lecture à haute voix

Le prochain atelier de lecture à haute voix sera le mardi 18 avril 2017 à 19h45 à Boissy.

Les textes apportés auront pour thème les correspondances.

A chaque fois les participants s’enrichissent par la lecture d’extraits très différents, d’oeuvres très variées.

La voix de chacun, est toujours une richesse de plus.

Bravo à tous ceux qui osent lire, c’est parfois difficile.

Merci à ceux qui écoutent patiemment.

Chaleureusement

Isabelle

Atelier d’écriture à Livry Gargan

Début mai, nous nous sommes de nouveau réunis pour écrire de belles histoires.

Prochain atelier samedi 20 mai, venez tenter l’aventure !

A bientôt.
Chaleureusement

Isabelle



pucePlan du site puceContact puceMentions légales puceEspace rédacteurs

RSS Valid XHTML 1.0 Strict

2016-2017 © Les mots de Capucine - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.85.16